jeudi 8 mars 2018
Les Étoiles • Paris • 19h30 - 22 €
mercredi 21 mars 2018
jeudi 29 mars 2018

Mélissa Laveaux d’origine haïtienne, revisite l’extraordinaire patrimoine musical de la terre natale de ses parents. Après de nombreuses recherches documentées sur la période d’occupation du pays par les USA (1915 à 1934). Mélissa réveille ces chants populaires de résistance honorant ainsi une mémoire souvent dissimulée dans les livres d’histoire. Tout en conservant sa fabuleuse énergie rock et le voile singulier de sa voix !

À propos de son nouvel album qui sortira le 2 février 2018 :

Avril 2016. Mélissa Laveaux part pour Haïti, la terre natale de ses parents. Vingt ans qu’elle n’y a pas remis les pieds, depuis ces vacances, les seules, passées dans la région du Cap Haïtien. Elle n’avait alors que douze ans. La voilà donc, femme, musicienne, étrangère à ce pays qui fait pourtant partie d’elle et de son histoire. D’Haïti, elle ne connaît que les expressions créoles imagées que sa mère échange au téléphone avec ses tantes, lorsqu’elles se racontent les zins, les derniers potins. Mais surtout, ce qui la lie à cette terre, ce sont les chants de Martha Jean-Claude, qui, exilée à Cuba dans les années 50, chantait l’Haïti chérie qu’elle avait du fuir. Comme le feront les parents de Mélissa, des années plus tard, pour s’installer au Canada. Les disques de Martha Jean-Claude ont bercé l’enfance de leur fille, dans le froid d’Ottawa. Cette voix, la petite la connaît depuis toujours, et la suit encore lorsqu’elle explore, des années plus tard, les rues de Port au Prince. Elle y cherche les échos d’un extraordinaire patrimoine celui des chants folkloriques qui, depuis des décennies, nourrissent les artistes haïtiens. Ces morceaux de poésie populaire, qui tissent les métaphores et jonglent avec le double sens, renferment l’identité d’un peuple dont la résistance est la seconde nature. Souvent anonymes, ils sont nés dans les Bann’ Siwèl, les orchestres de troubadours champêtres qui les colportaient  au gré des fêtes de village.

En Haïti, on lui confie donc des enregistrements, des cahiers, on lui indique des témoins… autant de morceaux d’une mémoire éparpillée, et pourtant si vivante. Ces vieilles chansons, sans cesse réinventées, ont accompagné la longue et tortueuse histoire d’Haïti. Un épisode particulier de cette histoire intéresse Mélissa : l’occupation de l’île par les Etats-Unis, de 1915 à 1934. Sombre période, qui vit la première République noire,- celle qui s’était affranchie de l’esclavage et avait arraché son indépendance-, vivre les affres de la colonisation. Les chansons populaires devinrent alors des armes de résistance. Réveillées et réinterpretées par une nouvelle génération, elles reprenaient tout leur sens en ces temps d’oppression. Les divinités du vaudou, expertes à terroriser les esclavagistes, y étaient réhabilitées, rappelées en renfort.

C’est d’ailleurs dans  ces années sombres  que naquirent  Martha  Jean-Claude et Emerante de Pradines, qui toutes deux chantaient Dodo Titit, berceuse traditionnelle que Mélissa reprendra bien plus  tard  dans  son  tout  premier album (Camphor &  Copper,  No  Format  2008).  Dodo  Titit  était  déjà  le  premier bourgeon d’un arbre qui  s’épanouit  aujourd’hui,  dix  ans  plus  tard, dans Radyo Siwèl. D’Haïti, elle est revenue avec des sons, des mélodies, des ambiances  et  des histoires de temps  évanouis  mais jamais révolus, et autant  de couleurs d’un  tableau  qu’elle  s’est sentie  libre de composer.  Et c’est bien ce dont il est question  dans  Radyo  Siwèl.  Une re-création  à partir de  bribes, de phrases, d’airs anciens, d’hymnes vaudous,  assemblés  comme  un patchwork identitaire  au gré de l’imaginaire  de Mélissa.  Libre de  les  draper de son énergie rock, de  guitares nerveuses  et  profondes,  et  de  leur donner vie sous le voile  singulier  de  sa voix.  Le tout, baignant  dans un halo surréel  que  les  arrangements  de  Vincent  Taurelle,  Ludovic  Bruni   et   Vincent Taeger (les touche-à-tout du studio ALBERT) ont  su  imprimer  à  ces méditations sombres ou lumineuses. Drew Gonsalves, pilier du  groupe trinidadien Kobo Town, les a rejoint en studio pour darder  ses  rayons mélodiques à la guitare et au tres. L’album  a  été  enregistré  en  cinq  jours, mixé en direct, comme — souvent  par nécessité-  on  le faisait  dans les années 50. Un parti pris osé qui a permis à Vincent Taurelle, à la console, de  « faire cuire le son » pour qu’on ait envie de le manger. A mille lieux donc, des productions aseptisées.

En revenant sur le chemin parcouru par  Mélissa  Laveaux,  on comprend  que les racines peuvent libérer, quand on ne veut pas en rester prisonnier. Pour Mélissa, Haïti était comme cette voix sortie d’une  radio  dont  le  signal  se  brouille avant de revenir, ne livrant à l’auditeur  que  quelques  mots  épars… mais lui laissant, du môme coup, la liberté d’inventer ceux  qui  manquent. Mélissa a réinventé le passé, pour mieux s’ouvrir un avenir  de  possibles.  A partir des racines, elle a choisi les branches et les feuilles de l’arbre qu’elle continue de faire pousser.  Son  arbre  donne  des petites  prunes,  qu’en  Haïti on appelle sirouelles, ou Siwèl en créole. Radyo Siwèl, c’est  le  nom  du troisième  album de  Mélissa Laveaux.